Le président Emmanuel Macron (g) au Salon de l'agriculture le 21 février 2026 à Paris devant un hologramme d'une vache ( POOL / Aurelien Morissard )
Le Salon de l'agriculture a été inauguré samedi matin à Paris par Emmanuel Macron, sans vaches pour la photo officielle et sans la Confédération paysanne ni la Coordination rurale, qui boycottent le traditionnel rendez-vous entre le président et les principaux syndicats agricoles.
"Je verrai ensuite avec la ministre, en bilatéral, chacun des syndicats qui le souhaite", a déclaré quelques minutes avant l'inauguration le président de la République. "C'est un moment où tout le monde doit être derrière la ferme française, pas un moment de division."
Le président de la République a d'abord découvert le stand de l'éleveur martiniquais André Prosper, qui l'a invité à venir sur son île après avoir dû renoncer à amener sa vache brahman Biguine, qui devait être l'égérie de l'édition 2026. Un hologramme permettra au public de découvrir cette race aux racines indiennes.
Les intentions de la Coordination rurale (CR), adepte des actions coup de poing, inquiètent et le chef de l'Etat était accompagné d'un important dispositif policier. Mais aucun "bonnet jaune" n'était visible autour de lui au moment de la découpe du ruban.
Un attelage de chevaux Trait du Nord avant l’ouverture de l’édition 2026 du Salon de l’agriculture au Parc des expositions de la Porte de Versailles, à Paris, le 20 février 2026 ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )
Le deuxième syndicat agricole est resté ambigu sur ses intentions, appelant vendredi à une mobilisation "massive" de ses adhérents. Son président Bertrand Venteau a dit ne pas souhaiter être présent au petit-déjeuner en compagnie du président de la République, qui suit l'inauguration officielle avant une déambulation dans les travées du parc des expositions.
- "Pas une vitrine" -
La CR et la Confédération paysanne auront chacun un stand mais affirment ne pas vouloir faire du salon une "vitrine" qui cacherait les difficultés rencontrées sur le terrain par les agriculteurs, dénonçant comme à leur habitude la "cogestion" entre l'alliance syndicale FNSEA-JA et le gouvernement sur les politiques agricoles.
FNSEA et Jeunes Agriculteurs, qui ont vu leur hégémonie chahutée par l'ascension de la CR aux dernières élections professionnelles, ont eux accepté le rendez-vous matinal avec Emmanuel Macron même s'ils ont renoncé à obtenir de lui une "vision" pour l'agriculture, à un peu plus d'un an de l'élection présidentielle.
Ils espèrent toutefois que le chef de l'Etat pèsera d'ici-là dans les négociations sur le budget de la politique agricole commune post-2027, après avoir obtenu environ 9 milliards d'euros par an pour l'agriculture française sur la précédente PAC (2023-2027).
En amont de la présidentielle mais surtout des élections municipales de mars, les personnalités politiques se succéderont malgré tout jusqu'au dimanche 1er mars parmi les centaines de stands.
Depuis dix ans, le nombre d'agriculteurs n'a cessé de baisser en France et les crises se sont accumulées. En octobre 2017, le président fraîchement élu avait tenu un grand discous à Rungis, "plus grand marché de produits frais au monde".
Il avait alors prôné la "montée en gamme" de l'agriculture, un modèle qui s'est depuis heurté à l'inflation qui a suivi l'invasion de l'Ukraine par la Russie mais aussi aux conséquences économiques des aléas géopolitiques et climatiques.
- Pas de bras, pas de vaches -
Trois hivers de suite, les agriculteurs ont sorti les tracteurs des hangars pour aller manifester dans les villes ou bloquer des autoroutes. En 2024 pour demander du revenu, de la considération et un avenir; en 2025 pour demander la concrétisation des promesses, repoussées par l'instabilité gouvernementale.
En 2026, c'est la gestion de la dermatose bovine dans le Sud-Ouest qui a fait déborder le vase, s'ajoutant aux inquiétudes sur l'accord de libre-échange UE-Mercosur, une balance commerciale agroalimentaire au bord du déficit et des aléas climatiques toujours plus intenses...
"Par les choix sanitaires défendus par le gouvernement, on peut se féliciter d'être en train de gagner durablement le combat contre la dermatose", a déclaré Emmanuel Macron samedi matin. Aucun nouveau foyer ne s'est déclaré depuis le 2 janvier et des restrictions ont été levées dans le Sud-Ouest vendredi.
Mais les éleveurs n'ont pas pour autant revisé leur décision de ne pas amener de bovins au salon et la CR et la Confédération paysanne continuent de contester la politique d'abattage total des troupeaux infectés.
Les tempêtes et les crues qui ont submergé de nombreuses cultures ces derniers jours ont assombri encore plus les esprits des agriculteurs, dont beaucoup n'ont pas la tête à la fête.
Plusieurs organismes peinent à mobiliser des bénévoles pour tenir les stands au salon Porte de Versailles, alors que les organisateurs ont tout fait pour tenter de maintenir la convivialité et l'esprit familial du rendez-vous sans ses habituelles stars bovines.

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